Enrique Colombino s’en souvient très bien. Aujourd’hui professeur retraité de l’UQAT, il a non seulement fait partie du premier conseil d’administration de l’association interculturelle et d’accueil des immigrants en Abitibi-Témiscamingue, mais il a aussi été le premier à en occuper la présidence.
Néonazis à Val-d’OrLa naissance de La Mosaïque est née en partie d’incidents racistes et ouvertement xénophobes qui se sont produits à Val-d’Or au début des années 1990.
«Un groupe d’une dizaine de jeunes néonazis qui n’étaient pas originaires de la région a débarqué à Val-d’Or. Ils s’affichaient ouvertement en ville et prônaient un discours de suprématie blanche très structuré. Puis, ils se sont mis à appeler au téléphone tous les résidants d’origine africaine pour les insulter. Par la suite, ils les ont menacés de s’en prendre à leurs enfants. Des croix gammées ont aussi été peintes sur la porte de certaines maisons», a raconté M. Colombino.
À l’époque, ce groupe avait attiré l’attention de Radio-Québec, qui avait réalisé un reportage sur le sujet. La Mosaïque y avait d’ailleurs figuré. «On n’existait que depuis quelques mois, s’est remémoré l’ancien président. Au lieu de partir en guerre, nous avons plutôt lancé un appel à la tolérance, tout en soulignant le caractère inacceptable de ces gestes et en invitant la population à se mobiliser.
Le problème s’est finalement réglé lorsque les jeunes néonazis ont été invités par des gens à débattre sur la place publique. «On n’a alors jamais plus entendu parler d’eux, a souligné Enrique Colombino. Par contre, cet événement a permis à La Mosaïque de démarrer avec une énergie qu’on n’avait pas quelques mois auparavant. Maintenant, on ne laisse plus passer aucun geste déplorable.»
Discrimination tranquilleDe quelque 40 à l’assemblée de fondation, en mai 1991, La Mosaïque compte à présent environ 300 membres. Et contrairement à la croyance, les immigrants y sont minoritaires. «En fait, les deux tiers de nos membres sont des Québécois de souche», a indiqué M. Colombino.
«Les immigrants vivent maintenant une discrimination tranquille: on leur refuse des logements, on conteste la validité de leur diplôme, etc.» - Enrique Colombino
Si les incidents à caractère raciste ne sont maintenant qu’occasionnels, La Mosaïque note une recrudescence de la méfiance face à l’étranger.
«La Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, à laquelle nous avons participé, a révélé une crainte au sein de la population quant à la survie de la culture dite québécoise. Les immigrants vivent maintenant une discrimination tranquille: on leur refuse des logements, on conteste la validité de leur diplôme, etc.», a commenté Enrique Colombino.
Approche par le basÀ son avis, une des solutions passe par l’adoption d’une politique d’immigration par le bas. «Chaque municipalité analyserait ses besoins pour ensuite faire savoir au Ministère le nombre d’immigrants dont elle a besoin, leur champ de spécialisation, le milieu dans lequel ils seraient appelés à travailler, etc. Cela faciliterait grandement leur intégration. Là, on vit plutôt une politique par le haut, où tout nous est imposé par le Ministère», a déploré M. Colombino.
L’autre problème, selon l’ancien président de La Mosaïque, c’est que la majorité des immigrants continuent à se regrouper principalement à Montréal… quand ce n’est pas à Toronto! «C’est pourquoi nous voulons nous faire reconnaître comme représentant légitime de l’Abitibi-Témiscamingue à la Table de concertation sur l’immigration et les réfugiés à Montréal. De la sorte, nous aurions notre mot à dire sur les quotas», a-t-il fait valoir.
Pour une association qui vient tout juste de sortir de l’adolescence, les défis ne manquent certes pas.


