Professeur en sciences de l’éducation, M. Beaupré a récemment soutenu avec succès une thèse de doctorat en anthropologie du travail à l’Université de Montréal. Celle-ci portait sur la perception du risque chez les mineurs de fond en Abitibi-Témiscamingue. Il a tiré ses résultats de visites de lieux de travail et d’une vingtaine d’entrevues réalisées auprès de mineurs d’expérience dont la moyenne d’âge était de 48 ans.
«Ça fait partie du métier»Pas moins de 18 répondants sur 20 ont ainsi déclaré qu’ils considéraient risqué de travailler dans une mine souterraine. De plus, 15 sur 20 ont aussi avoué avoir déjà eu peur sous terre, soit en raison d’un mauvais terrain, soit après avoir été victime ou témoin d’un éboulement. Toutefois, ils ont aussi été 11 sur 20 à préciser que les risques s’apprivoisent avec le temps.
«En fait, on sent une sorte d’accoutumance obligée face aux risques, a mentionné Sylvain Beaupré, en entrevue. C’est plus une perception du type le danger est inévitable, ça fait partie du métier, on doit vivre avec, mais c’est à chaque individu d’agir pour éviter les accidents.»
Lien directLà où son étude risque de soulever la controverse, c’est au chapitre du temps supplémentaire et de la prime de rendement. Ainsi, 18 répondants sur 20 ont associé le temps supplémentaire aux accidents, surtout en raison de la fatigue accumulée.
«Pas moins de 19 mineurs sur 20 ont aussi reconnu qu’il existe un lien direct entre les bonis et le nombre d’accidents, car ils peuvent alors être tentés de tourner les coins ronds en matière de sécurité pour améliorer leur performance. Par contre, ils sont aussi réticents à éliminer ces mêmes bonis, tellement c’est solidement ancré dans le monde minier. Pour les compagnies, c’est aussi une manière de s’assurer de la productivité de leurs mineurs, étant donné qu’elles ne peuvent placer des contremaîtres partout», a détaillé le professeur.
Éliminer sans affecter le salaireFils de mineur et ayant lui-même brièvement travaillé dans les mines, M. Beaupré ne prône toutefois pas l’élimination pure et simple des primes de rendement. «Par contre, si on les supprimait sans que cela affecte le salaire des mineurs, je crois qu’on améliorerait de beaucoup le bilan en santé et sécurité sous terre», a-t-il fait valoir.
Ses constats ont d’ailleurs suscité l’intérêt de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, qui l’a approché pour une éventuelle collaboration. Sa thèse pourrait aussi faire l’objet d’un livre.
La question est d’autant plus d’actualité, selon lui, si l’on tient compte du boom minier. «Le démarrage d’une nouvelle mine s’accompagne fréquemment d’un nombre plus élevé d’accidents. L’embauche de mineurs moins expérimentés aussi. Le mélange des deux, auquel on va assister dans les prochaines années, va entraîner tout un cocktail», a-t-il prévenu.


