Invité à prendre la parole, le 31 janvier, devant des étudiants, des enseignants et des chercheurs en foresterie de l’UQAT et du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Nicolas Mainville, responsable de la campagne forêt chez Greenpeace, a dénoncé le fait que l’engouement actuel pour la biomasse forestière repose sur des concepts trompeurs.
Concepts trompeurs«D’abord, quand on affirme qu’on valorise un déchet, ce n’est pas vrai. Au Québec, la biomasse forestière exploitable est composée à seulement 45 pour cent de résidus de coupe tels que les cimes et les branches. Les 55 pour cent restants, ce sont des arbres debout sans valeur commerciale ou non récoltés, a-t-il fait observer. Je vois mal la logique d’aller couper des arbres sains, qui captent du carbone, pour les brûler et ensuite dégager ce même carbone.»
D’ailleurs, le principe de carboneutralité, soit le fait que les quantités de CO2 rejetés dans l’air par la combustion de la biomasse seraient compensées par les nouveaux arbres qui vont remplacer ceux qui ont été récoltés, ne tiendrait pas la route, selon M. Mainville.
«La forêt ne se régénère tout simplement pas assez vite, a-t-il insisté. Il faut 1 minute 15 secondes pour brûler une tonne de biomasse dans une centrale de 30 mégawatts. Une épinette noire prend quant à elle de 70 à 125 ans pour arriver à maturité. Cette même centrale doit chaque jour brûler l’équivalent de 10 terrains de soccer coupés à blanc pour produire son énergie. C’est beaucoup de biomasse pour, finalement, pas grand-chose.»
L’utilisation à outrance de la biomasse forestière risque aussi de priver les forêts d’un engrais naturel, ce qui perturberait du même coup leur régénération.
Pertes énergétiques importantesLe pire dérapage qui menace l’utilisation de la biomasse forestière, de l’avis de Nicolas Mainville, c’est son utilisation à grande échelle pour l’exportation. Il en veut pour preuve les granules de bois, dont l’exportation du Canada vers l’Europe a bondi de 700 pour cent depuis 2002.
«Toute l’énergie qu’on dépense et le CO2 qu’on émet pour la récolte de biomasse, sa transformation, son transit par camion jusqu’au port et son transport par bateau gaspillent environ 40 pour cent de l’économie qui pourrait résulter de l’utilisation des granules. Au fond, les granules, ce sont en quelque sorte les sables bitumineux de la biomasse», a-t-il illustré.
«Les granules, ce sont en quelque sorte les sables bitumineux de la biomasse» - Nicolas Mainville
Même portrait pour l’éthanol, dont tout le processus lié à sa production à partir de biomasse forestière réduirait de 75 pour cent les économies qu’on pourrait en tirer.
Pas que du noirM. Mainville ne recommande toutefois pas l’abandon des projets liés à la biomasse forestière. «Plusieurs sont prometteurs, en particulier la conversion des systèmes de chauffage au mazout dans les grands bâtiments, a-t-il mentionné. Le problème, c’est que ces projets sont encore marginalisés.»
L’important, a-t-il martelé, c’est de garder en tête que la biomasse forestière n’est pas une solution à grande échelle et encore moins une avenue d’exportation.
«C’est d’abord et surtout une ressource qu’il faut valoriser au niveau local, a-t-il lancé. Et encore, en se basant sur le principe de précaution, il serait préférable de limiter à 25 pour cent du total disponible la récolte annuelle. De plus, il faudrait privilégier la valorisation des résidus d’usine, dont les sciures, les écorces et les planures, avant d’aller puiser dans la biomasse forestière.»


