«Une telle analyse a déjà été réalisée par le sociologue Jacques Roy du Cégep de Sainte-Foy. Il avait alors collecté des données auprès de 14 000 étudiants dans une quarantaine de collèges. Il avait toutefois bénéficié d’une équipe de professionnels. Ce qui rend notre travail unique, c’est qu’il est le premier à avoir été réalisé par et pour les étudiants», a fait remarquer Mme Guimont, enseignante en géographie au campus de Rouyn-Noranda.
Échantillon exceptionnelDans le cadre du cours de Méthodologie de la recherche en sciences humaines, ses 36 étudiants ont, au cours de la session d’automne 2011, invité plus de 700 répondants, par le biais de Facebook, à répondre à un sondage internet comportant une soixantaine de questions. Les neuf équipes ont ensuite passé un mois à compiler, analyser et interpréter les résultats.
«Après avoir éliminé les doublons et les farceurs, on est arrivé à 633 répondants, soit environ 23 pour cent de la population étudiante totale des trois campus. La taille incroyable de cet échantillon, en termes statistiques, nous garantit donc une grande fiabilité dans les résultats. On ne veut donc pas que ces données prennent la poussière sur une tablette», a fait valoir Geneviève Guimont.
Motivation et dépendancesÀ partir des résultats portant sur neuf grands sujets, les étudiants ont tiré des conclusions parfois surprenantes.
Ainsi, 53 pour cent des répondants masculins ont affirmé être heureux d’être étudiants et de continuer à apprendre, contre 45 pour cent des filles. De même, 62 pour cent des garçons ont déclaré ne vivre aucun stress, contre seulement 34 pour cent des filles. «Ça vient, en quelque sorte, brouiller l’image habituelle des gars qui ont généralement une image moins positive de l’école que les filles», a indiqué Mme Guimont.
Par ailleurs, 65 pour cent des filles ont répondu être au moins un peu dépendante des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, contre 45 pour cent des garçons. À l’inverse, 13 pour cent des garçons ont reconnu vivre avec une dépendance à l’alcool, contre 6 pour cent des filles.
On aime la région, mais on s’en va quand mêmeLe sondage a aussi examiné la question du sentiment d’appartenance. Là encore, les résultats ont été plutôt étonnants.
«Plus de la moitié des répondants ont déclaré vouloir quitter la région à la fin de leurs études collégiales. Par contre, les trois quarts ont déclaré être très attachés à la région et y profiter d’une meilleure qualité de vie que dans les grands centres. Ça peut donc vouloir dire qu’ils ont simplement envie de vivre de nouvelles expériences, tout en n’excluant pas la possibilité de revenir ici plus tard. L’exode des jeunes pourrait donc être moins dramatique qu’on pense», a souligné la géographe.
Un précieux outil de travail«On ne veut pas que ces données prennent la poussière sur une tablette» - Geneviève Guimont
Compte tenu du vaste éventail de sujets abordés, ce portrait des cégépiens pourrait donc quitter son statut de simple travail de session pour devenir un précieux outil de travail pour le collège ou encore des partenaires extérieurs tels que l’UQAT ou la Conférence régionale des élus.
«Par exemple, nous pourrions tracer le portrait des étudiants qui pourraient présenter le plus grand risque de décrochage en se basant sur nos résultats liés au stress, aux heures de travail, à la fatigue et au manque de motivation. Par la suite, ce serait plus facile de mettre en place des outils pour les aider», a signalé Geneviève Guimont.
«Il pourrait aussi être intéressant d’actualiser les données dans trois ans, lorsque le Cégep aura accueilli une cohorte entièrement nouvelle, pour voir si le portrait a changé», a-t-elle lancé.


