Capitale culturelle: Rouyn-Noranda dénonce Patrimoine Canada

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Le milieu culturel de Rouyn-Noranda dénonce les règles du jeu peu claires dans le processus de sélection des Capitales culturelles du Canada. (photo: Cyclopes)

Lettre ouverte à Monsieur James Moore

Ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles

Chambre des communes

Ottawa (Ontario) K1A 0A5

Il y a déjà quelques années de ça, le comité culturel permanent de la Ville de Rouyn-Noranda a eu la bonne idée de soumettre la candidature de la Ville à titre de Capitale culturelle du Canada. À l'époque, il a fallu un certain temps pour convaincre les élus de se lancer dans l'aventure, non parce que la municipalité n'avait pas le terreau nécessaire pour voir fleurir l'idée, les activités artistiques sont nombreuses dans tous les domaines et le dynamisme culturel y est reconnu, mais parce qu'une ville ne se lance pas dans cette course sans y investir du temps, de l'argent, des ressources humaines, des comités, des bénévoles et beaucoup d'espoir.

Quelques années et beaucoup de convertis plus tard, Rouyn-Noranda a choisi d'engager une personne ressource afin de mener à bien ce dossier de candidature devant faire la preuve de l'importance de notre ville dans le paysage culturel et artistique de la région, de la province, du pays. Un engagement sérieux du monde municipal envers celui de la culture, voulant faire équipe afin de démontrer au grand public que le dynamisme tout particulier de chez nous avait de quoi faire rêver le pays.

Le but de la manœuvre est bien sûr, dans le cas où une ville obtient le titre, d'obtenir une subvention fédérale pouvant atteindre 500 000 $ dans la catégorie des municipalités de 50 000 habitants et moins. C'est beaucoup d'argent pour un petit milieu, donc beaucoup d'eau au mou lin pour financer des projets beaux, fous et audacieux, des partenariats nouveaux, des projets de grande envergure ne pouvant voir le jour dans le cadre des activités régulières des organismes artistiques et culturels souvent à bout de souffle et d'argent.

En toute bonne foi

Au terme du processus, la Ville a déposé en toute bonne foi son dossier de candidature complété, d'une qualité que nous savons irréprochable, avec l'enthousiasme et l'espoir partagés par tout un milieu. L'attente a été longue, impatients que nous étions de recevoir les résultats. En ce vendredi 14 octobre dernier, un simple courriel envoyé à la Ville de Rouyn-Noranda nous apprend que les villes retenues sont Calgary et Niagara. La catégorie à laquelle nous appartenons n'a simplement pas été retenue. Deux grosses villes anglophones raflent quelques millions, rien pour le reste.

Pour ce que nous en savons aujourd'hui, les deux autres villes qui avaient soumis leur dossier sont Rouyn-Noranda et Saint-Eustache, toutes deux au Québec. Consternation générale, étonnement, déception, colère. Perdre la partie quand l'adversaire est de taille égale est une chose, mais devoir concourir contre des villes 4 fois plus grandes en est une autre.

Raison insatisfaisante

Pour justifier leur décision, Patrimoine canadien évoque que le budget du programme est dépensé, mais cette raison ne nous satisfait pas. Peut-être est-ce au fond parce que nous ne souhaitons pas célébrer le patriotisme militaire ? Notre culture n'est pas assez canadienne? Les sous-marins nucléaires coûtent trop cher? Simples hypothèses. En faisant le tour des annonces de financement sur la page de Patrimoine canadien, il y a de quoi réfléchir à la question. Il semble clair que dans le cas des villes lauréates pour 2012, le choix est politique. On n'a qu'à regarder les cartes électorales de mai dernier pour comprendre les enjeux. Le Québec ne vote pas Conservateur, le Québec n'aurait pas d'argent du fédéral?

Dans les lignes directrices du programme de Capitale culturelle telles que modifiées depuis la dernière année, il est écrit que Patrimoine canadien peut attribuer « jusqu'à » 3 villes gagnantes, cela ne l'oblige en rien à élire ne serait-ce qu'une seule ville. Cela veut aussi dire que toutes les villes sont en compétition les unes contre les autres, peu importe leur taille et leur budget. Ce changement dans l'attribution du titre de Capitale culturelle ne tient pas compte des ré alités des petites villes et met à l'écart beaucoup de citoyens canadiens résidant en région rurale ou éloignée.

De plus, en formulant cette petite subtilité, Patrimoine canadien se désengage du processus et laisse un flou à l'éthique questionnable, nuisible à la transparence du concours. Ce qui nous inquiète aussi, c'est qu'un jury évalue les dossiers, émet ses recommandations, mais le tout se décide ensuite dans le bureau du ministre. Sur quelles bases le ministre décide quoi? Est-ce que la Loi sur l'accès à l'information nous permettra d'obtenir les documents qui éclaireront cette zone grise?

Règles du jeu pas claires

De toute évidence, les règles du jeu n'étaient pas claires, et personne chez nous n'a le goût de perdre son temps à jouer à un jeu qui n'est pas franc, équitable et transparent. Nous souhaitons malgré tout que la Ville de Rouyn-Noranda fasse appel de la décision. Au nom de la vitalité culturelle, au nom des régions, au nom de la francophonie.

Mais le problème se pose à savoir comment empêcher un gouvernement majoritaire d'opérer en toute partialité et partisanerie. Car ce n'est pas que le monde culturel canadien qui pourrait être en danger dans les années à venir, c'est aussi notre culture, notre identité.

Au nom des citoyens de Rouyn-Noranda, des artistes, des organismes, travailleurs culturels et des nombreux bénévoles qui ont consacré leur temps et leur énergie au dossier de Capitale culturelle du Canada, nous souhaitons dénoncer les procédures obscures de Patrimoine canadien et demandons une révision des libellés de façon à rendre impossible à l'avenir la sélection partisane dont nous sommes visiblement exclus.

Du comité culturel permanent de la Ville de Rouyn-Noranda :

Robert B. Brière, conseiller municipal, quartier Vieux-Noranda

Oliva Carrier, président du Comité culturel et membre de la Société d'histoire de Rouyn-Noranda

Alexandre Castonguay, comédien

Bernard Duchesneau, conseiller municipal, quartier de l'Université

Marie-Claude Leclercq, vice-présidente du Comité culturel permanent et membre du Comité du patrimoine de la Ville de Rouyn-Noranda

Anne-Marie Lemieux, représentante des citoyens

Jacques Marchand, compositeur et chef d'orchestre

Ariane Ouellet, artiste en arts visuels et travailleuse culturelle

Émilie Villeneuve, artiste en arts médiatiques et travailleuse culturelle

 

c.c. Madame Christine Moore, Député d'Abitibi-Témiscamingue

Madame Madeleine Perron, Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue

Organisations: Ville de Rouyn-Noranda Anne-Marie Lemieux, Patrimoine canadien, Langues officiellesChambre des communesOttawa Ontario Titre de Capitale culturelle du Canada Société d'histoire de Rouyn-Noranda Alexandre Castonguay Université Marie-Claude Leclercq Comité culturel permanent Comité du patrimoine Jacques Marchand Ariane Ouellet

Lieux géographiques: Rouyn-Noranda, Canada, Québec Calgary Saint-Eustache Abitibi-Témiscamingue

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