L’histoire de notre famille débute le 18 juin 1942, alors qu’Yvain Charlebois, fils d’un policier de Rouyn dans les années 30, unit sa destinée avec celle de Gabrielle Lapointe, fille du chef de police de Rouyn à la même époque. Fait à noter: il y avait trois hommes dans la force constabulaire de Rouyn dans ces années-là! De cette union sont nés huit garçons, cinq filles et deux enfants malheureusement morts à la naissance. Et dire que ma mère se faisait reprocher d’avoir empêché la famille par les prêtres du temps!
De nos jours, une telle famille est inimaginable et on me demande souvent comment mes parents ont réussi à nous loger, à nous nourrir et à nous éduquer. Côté revenu familial, le paternel a suivi les traces de son père en débutant comme constable à Rouyn, pour terminer sa carrière comme chef à Noranda après 36 ans de service. Quant à ma mère, comme dirait Yvon Deschamps, elle ne faisait rien puisqu’elle restait à la maison!
Après deux déménagements nécessaires, nous nous sommes retrouvés dans notre résidence principale, au 745 de l’avenue Murdoch à Noranda. À cet endroit, il y avait trois chambres à coucher: une pour les parents et le bébé (il y en avait toujours un), une pour les filles avec des lits à deux étages, ainsi qu’un grand dortoir à l’étage supérieur avec une série de lits simples alignés de chaque côté de la pièce pour les garçons. Une cuisine, envahie par une table fabriquée par mon père qui pouvait asseoir 12 personnes en même temps, un grand salon pour la visite, une salle de télévision et un grand sous-sol complétaient cette maison.
Côté nourriture, on n’a jamais manqué de rien grâce à la prévoyance et à l’ingéniosité de notre mère, qui réussissait toujours à trouver des aubaines respectant le revenu familial et des recettes pouvant satisfaire les goûts de sa progéniture. Il faut dire toutefois qu’il n’y avait pas un choix multiple pour chaque repas: si tu n’aimais pas ce qu’il y avait au menu, tu «passais en dessous de la table». Côté éducation, nous n’avons pas si mal tournés si l’on en juge par l’ensemble des diplômes obtenus: un doctorat, quatre maîtrises, dix baccalauréats, deux diplômes d’études collégiales et un diplôme d’études secondaires.
En écrivant, je me rends compte qu’il est difficile de démystifier cette vie en famille dans une seule page. J’y reviendrai donc dans d’autres chroniques avec plus de détails sur divers aspects de notre cohabitation, comme le partage des tâches quotidiennes et l’organisation de nos loisirs. Pour l’instant, je me contenterai de souligner le courage et la détermination des parents d’une époque qui ont choisi d’avoir plusieurs enfants et de les remercier pour les valeurs transmises, comme le partage, l’entraide, la solidarité, le respect des autres et l’autonomie. Des valeurs qui auront eu une grande influence dans nos choix de carrière et dans notre implication sociale comme dans plusieurs familles semblables que je connais et que je ne nommerai pas, de peur d’en oublier.


