Pierre Rivard, ingénieur agronome en bioénergie et agroenvironnement à l’UQAT, expérimente depuis 2008 des méthodes pour optimiser la récupération de méthane à partir des déjections animales tout en concentrant les nutriments pour en faire un fertilisant de meilleure qualité. Après trois ans de recherche, les résultats préliminaires semblent des plus prometteurs.
Nombreux avantages
Le procédé fait appel à des digesteurs anaérobiques qui séparent le fumier en phases liquide et solide. «En l’absence d’oxygène, les bactéries et les micro-organismes prolifèrent plus rapidement dans le fumier digéré et génèrent du méthane. Celui-ci est ensuite récupéré pour servir de combustible. C’est donc autant de gaz à effet de serre qui seront brûlés pour produire de l’énergie au lieu d’être rejetés dans l’atmosphère», a fait valoir le chercheur.
La digestion anaérobique du fumier présente aussi l’avantage de ne pas entraîner de pertes de nutriments tels que l’azote, le phosphore et le potassium. «On peut ainsi le réutiliser comme fertilisant. De plus, grâce à l’interaction des micro-organismes, les nutriments sont encore plus facilement assimilables par les plantes», a mentionné M. Rivard.
Les recherches ont également produit un résultat inattendu: la réduction du nombre de graines de mauvaises herbes dans la matière organique dégradée en l’absence d’oxygène par rapport au fumier brut. «Les agriculteurs auront donc moins besoin de recourir aux pesticides et aux herbicides après l’épandage dans les champs», a signalé l’ingénieur agronome.
Enfin, élément non négligeable pour les voisins, le procédé réduit plus de 90 pour cent des odeurs habituellement générées par le fumier.
Vers un digesteur à grande échelle
Pierre Rivard a réalisé des expériences autant sur le fumier de bovins de boucherie nourris exclusivement à l’herbe que sur de la litière de bois, de la litière de mousse de sphaigne et de la litière de paille afin de déterminer la quantité d’énergie qu’il serait possible d’en tirer. «À date, les résultats semblent prometteurs. On devrait pouvoir publier quelque chose sur le sujet bientôt», a-t-il indiqué.
Pas moins de 24 digesteurs ont été installés à la Station de recherche en agroalimentaire de Notre-Dame-du-Nord pour évaluer l’efficacité du procédé. «Ils vont être à l’essai pour les prochaines années dans le but d’en construire éventuellement un de grande dimension», a fait savoir M. Rivard.
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