Au cours de l’été, l’artiste photographe a parcouru l’Abitibi-Témiscamingue dans tous les sens pour immortaliser d’impossibles scènes dans des paysages improbables au cœur de vieilles demeures où le temps semble s’être arrêté en plein mouvement.
«L’idée m’est apparue il y a deux ans, a-t-elle expliqué. Je faisais alors le tour de la région pour photographier la totalité de ses ponts couverts. Lors de mes trajets, j’avais repéré plusieurs maisons abandonnées. Ces endroits m’ont toujours attirée, autant par leur aspect d’antiquité que pour leur côté patrimonial. Et dans chaque maison, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.»
Mises en scène étranges
Sylvie Crépeault a donc visité 15 maisons pour réussir à entrer dans huit. Il en a résulté une série de nombreuses photos, dont 14 ont été retenues pour l’exposition. On y retrouve soit l’artiste, son conjoint ou une amie, dans des mises en scène étranges.
Ainsi en est-il de cette mystérieuse femme aux allures de fantôme qui rôde dans un grenier à La Reine encombré de vieux jouets et de vêtements d’enfants. Ou encore d’une mariée à Rochebeaucourt dont les courbes épousent celles du plancher déformé par les années. Le fait d’avoir recouru uniquement à la lumière naturelle ajoute une touche de réalisme poignant à l’ensemble, comme si l’on contemplait le récit d’une scène de famille figée à jamais dans l’espace, mais pas dans le temps.
«Chaque maison abandonnée a son histoire, mais on n’en connaît pas la fin. Pourquoi les occupants sont-ils partis? Pourquoi certains ont-ils laissé tout derrière eux? Je me suis donc laissée inspirer par ce que la maison me racontait», a détaillé Sylvie Crépeault.
Abandonnées, mais encore bien vivantes
Au cours de son périple, l’artiste a constaté que si les maisons semblent abandonnées, elles ne sont pas mortes pour autant.
«J’ai vécu une très belle expérience à Saint-Bruno-de-Guigues. Comme il y avait d’autres maisons aux alentours, je voulais avoir l’autorisation d’y entrer. Le couple de personnes âgées qui restait de biais m’a raconté qu’ils en étaient les propriétaires. C’était la première maison qu’ils avaient habité après leur mariage, avant de la quitter après un an pour leur demeure actuelle. Je n’ai par contre pas osé leur demander pourquoi ils y avaient laissé tout le mobilier», a-t-elle relaté.
«Chaque maison abandonnée a son histoire, mais on n’en connaît pas la fin» - Sylvie Crépeault
À l’inverse, Sylvie Crépeault s’est parfois heurtée à une vive opposition, comme en fait foi une mésaventure arrivée dans le secteur de Rochebeaucourt.
«J’avais demandé à un monsieur si je pouvais photographier la maison abandonnée qui lui servait maintenant de grange. Ça ne lui a pas plu. Je pense même qu’il était insulté. Quand moi et mon chum on s’est approché, le monsieur a pris une hache et nous a dit de partir. Il voulait nous faire peur, j’imagine. On n’a pas insisté», a-t-elle raconté.
D’un pont couvert à l’autre
L’artiste planche à présent sur le projet de photographier la totalité des ponts couverts du Québec. «C’est un projet à long terme, a-t-elle précisé. On en répertorie 85 au Québec. J’en ai 40 de posés à date avec mes mises en scène de mariés.»
Pour suivre les projets de Sylvie Crépeault: http://sylviecrepeault.blogspot.ca.



